vendredi 18 mai 2018

L'OTAN, un deterrent qui marche encore !

La désotanisation a le vent en poupe ces temps-ci. Même le président de l'Union européenne, polonais de surcroît, a vilipendé l'imprévisibilité du partenaire américain, ouvrant ce faisant les voies d'une réflexion générale sur une nouvelle géopolitique de sécurité du sous-continent.

D'autres, comme les députés Mélenchon et Le Pen, avaient embrayé sur le retrait de la France du commandement intégré et par conséquent des structures de combat, telles par exemple qu'elles sont déployées aujourd'hui dans les pays baltes. Une approche superficielle du défi américain leur donne raison, mais en creusant on s'aperçoit du contraire. Revenons à nos moutons (le libellé "OTAN" offre 38 articles sur ce blogue):

Renfort NATO pour Tallinn


Dès l'origine l'Organisation atlantique fut conçue comme une force de dissuasion et non pas d'agression. Napoléon et Hitler s'y étaient essayé pour l'édification de leurs successeurs. Pour que ça marche, il fallait faire peur par tous moyens aux Soviétiques que l'on pensait mal-intentionnés. Staline avait englouti l'Europe orientale abandonnée par Roosevelt aux accords de Yalta, et il ne restait que cinq pays entre "eux" et "nous" : la Finlande, la Suède, Berlin, l'Autriche et la Suisse. La rupture du blocus de Berlin fut la première manifestation de résilience occidentale et elle précipita la création du Conseil de l'Atlantique, porteur de la future OTAN. Le confinement des ambitions hostiles soviétiques exigeait un contrôle serré de la mer baltique et la surveillance des débouchés occidentaux du plateau de Bohème qui avance comme un coin dans l'Europe occidentale. Suivez bien :

Les stratèges du NATO (on distinguera ici l'organisation géopolitique et le commandement militaire dans l'inversion des sigles OTAN et NATO) conclurent rapidement qu'en cas d'attaque sans préavis suffisant des services d'acquisition du renseignement, la ligne d'arrêt serait sur l'Elbe au nord et sur le Danube bavarois au sud, à partir d'où serait engagée l'artillerie atomique tactique pour désorganiser les divisions blindées du Pacte. On était et demeure encore aujourd'hui dans une stratégie de défense et dissuasion.

C'était l'essence même de la "riposte graduée", une échelle de répliques montant jusqu'à l'holocauste. Mais le dispositif ne vaut que si aucune place n'est laissée au doute dans la tête de l'ennemi, ce qui explique pourquoi l'on est passé de l'apocalypse automatique à la riposte graduée parce que le chaos nucléaire pouvait, dans la tête des Russes, faire réfléchir un président américain démocrate alors que l'atome tactique restait possible d'emploi (ce fut chez nous la même démarche avec les fusées neutroniques Pluton).
L'irritation des anglo-saxons au retrait du président français en 1966 fut grande à ce titre seul, mais comme s'il en fallait plus, le général fit dire au général Ailleret à Mons que les Forces françaises d'occupation en Allemagne ne monteraient plus au front tchèque, leur seule mission étant désormais de fermer la béance historique du nord-est français ; ce qui était une trahison de la stratégie engagée jusque là en alliance et une gageure d'une inouïe stupidité, à voir la vétusté des moyens déployées par l'Etat gaullien sur zone (j'en fus).
Si ce caprice, motivé peut-être par une rancune datant de la guerre, - on se souvient des réticences alliées à l'endroit du chef de la France libre - entamait gravement la dissuasion atlantique, le NATO para le coup en renforçant le dispositif allemand et en prenant un droit de regard sur les déploiements de fusées russes sur le territoire du Pacte. L'OTAN gagna la manche lors de la crise des euromissiles commencée en 1977. On se souvient de la phrase pragmatique du président Mitterrand à Bruxelles en 1983 : « je constate que les pacifistes sont à l'Ouest et les euromissiles à l'Est » quand défilaient par milliers les idiots utiles et les soutiens indéfectibles de l'URSS dans les villes occidentales sous couvert de non-violence à la Gandhi.

Renfort anglais en Estonie


Finalement l'Union soviétique recula comme elle l'avait déjà fait lors de la crise de Cuba. La dissuasion marchait correctement... puis l'empire du mal s'étant ruiné dans la course aux armements, le Mur s'effondra en 1989, rebattant toutes les cartes. A première vue, si l'OTAN avait une mission civilisatrice qui cadrait assez bien au contexte d'échanges transatlantiques de l'époque, le NATO devait être dissous en même temps que le Pacte de Varsovie, la Russie d'Eltsine ne présentant plus aucun danger au plan militaire, sauf à polluer durablement ses vieilles bases navales. C'est ce que contestèrent les pays de l'Est aussitôt libérés du joug russe. Pour eux, la dépression russe ne durerait pas puisque le pays disposaient de rentes minières colossales et encore mal exploitées et que reviendrait un jour la tentation hégémonique naturelle du "colosse". Il fallait au contraire profiter des circonstances pour se mettre à l'abri.
Le Pentagone se laissa tenter et vit son avantage à déplacer la ligne OTAN vers l'Est. Ce qui, à mon sens jadis, fut une erreur, mais se trouva justifié par la suite quand la Russie voulut mettre au pas les républiques constituant ses marches comme la Moldavie et la Géorgie, en morcelant ces entités établies ((sécessions de la Transnistrie, de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie).

Qui provoqua quoi ? Il est difficile de démêler l'écheveau. Les minorités russes en voie d'assimilation forcée dans les pays baltes et en Ukraine devinrent rapidement un gage chez les Etats libérés auquel répondit très vite la menace russe de régler une nouvelle question des Sudètes si le nouveau tsar était appelé au secours par ses "sujets" laissés découverts à marée basse. Et, constatant la pusillanimité d'Obama en Syrie, il le fit au Donbass, contre toutes les prévisions des services américains ! C'est l'origine du déploiement musclé des troupes NATO dans les pays baltes et en Pologne que dénonce Mélenchon, avec toujours la même porteuse sur la partition : faire peur !
Pour le moment le barrage tient, et la crise économique russe déclenchée par les sanctions occidentales qui suivirent l'affaire de Crimée, oblige le Kremlin à réduire son réarmement et ses provocations un peu enfantines. Mais ce confinement a ses limites dans la mesure où la Russie s'y adapte en s'industrialisant (enfin !) et en remettant en culture ses friches pour pallier la rupture des approvisionnements européens. Il faudra être prêt au réveil de l'ogre :)

Un Leclerc en Estonie



Alors que veulent chez nous les ténors du retrait ?

Que Poutine ne soit plus ennuyé et que la sainte Russie gère sa zone d'influence dans l'intérêt de la paix mondiale, les inconvénients de voisinage n'étant que des désagréments collatéraux passagers. C'est Munich 1938 ! Dans la ronde pacifiste on trouve de tout monde. Dans le camp anti-NATO (commandement intégré), des gens intéressés comme Marine Le Pen financée par des banques russes, Nicolas Dupont-Aignan dans son rêve gaulliste canal historique, et même... Jean Lassalle. Dans le camp des anti-OTAN, Jean-Luc Mélenchon par anti-capitalisme pavlovien, Jacques Cheminade et François Asselineau... et jusqu'au Yoda de la crypte, l'ineffable Bertrand Renouvin qui "aiment" les Russes et chez qui tout sujet, même l'héliciculture, traverse la désotanisation. Eric Zemmour n'a rien compris au film mais dénigre l'OTAN, canard sans tête, comprenne qui pourra alors que les autres la trouve trop grosse (la tête). Benoît Hamon de son côté ne quitte ni l'OTAN ni le NATO, lui au moins a réfléchi. Quant à Laurent Wauquiez, il a une approche utilitariste du NATO qui deviendrait un outil disponible pour des coalitions momentanées sur toute opération lancée dans le strict intérêt de la France et des droits de l'homme... comme on le fit dans l'affaire libyenne ?

Plus généralement tous les souverainistes sont pour quitter l'OTAN, les mêmes phosphorent sur l'indépendance d'un pays qui ploie sous la dette et grevé de déficits dans tous les compartiments du jeu, tous ! comptes sociaux, balance commerciale, comptes budgétaires, comptes industriels publics. Bon courage, les mecs, avez-vous tenté d'expliquer ça à vos gosses qui ont fait des études ?

Eurofighters allemands en Estonie



Synthèse :

L'imprévisibilité de l'Administration Trump dénoncée par le président Tusk est réelle. Elle handicape tous les plans à l'Ouest... comme à l'Est. Paradoxalement elle participe de la dissuasion atlantique en la compliquant. En contrepartie de quoi elle valorise le projet de défense européenne, que le Piéton du roi juge irréaliste sinon même impossible comme toute avancée européenne portée par la France d'aujourd'hui. C'est le pain noir de Macron.

Aucun dispositif d'alliance militaire crédible n'est en capacité de se substituer au NATO à l'heure actuelle. On fera sur ce blogue une analyse de la défense européenne plus tard. Et ce pays n'a pas les moyens d'y aller seul, sauf à se limiter à la rade de Brest et celle de Toulon.
Par contre le dispositif atlantique continue à faire peur à nos adversaires, d'autant plus que des puissances décisives comme l'Allemagne et la Grande Bretagne réarment dans ce cadre stratégique. Il n'est pas un jour que le Kremlin ne dénonce l'OTAN et cela nous laisse penser que la menace réelle ou ressentie les obsède. D'autant qu'ils la connaissent bien, et pour cause :
Les Russes ont une mission permanente auprès du Secrétariat général atlantique à Bruxelles. Elle dispose de tous les moyens utiles d'information sur la stratégie de l'Alliance (clic). Ça vous la coupe ? Faut pas.

Dans l'attente d'une solution de défense jouable pour la France, il vaut mieux tenir qu'espérer, préservons l'Alliance atlantique et n'en faisons pas un enjeu de politique intérieure.

mardi 15 mai 2018

Tsahal sans vergogne

La fronde de David !

Messieurs Netanyahou et Liberman ont porté un toast aux soixante-dix ans de la fondation d'Israël dont on se souviendra : 59 Palestiniens tués à Gaza, deux mille blessés. Merde, il en manque onze pour faire un compte historique ! Tsahal tient ses fusils d'assaut horizontalement comme nous l'ont montré les images des émeutes de Cisjordanie, et tirent au 5.56 NATO.

Contre des pierres !

Depuis l'avènement de Donald Trump à la Maison Blanche, il n'y a plus de question palestinienne, juste un problème palestinien en Israël, du même ordre que les émeutes raciales aux Etats-Unis, une effervescence qui se traite à coup de fusil par la police anti-émeute ! C'est Hubert Védrine qui signalait chez France-Info hier cette mutation de l'affrontement israélo-palestinien en question d'ordre public. Il n'y a plus rien à négocier avec les "autorités" de Ramallah, juste assurer l'ordre dans le bantoustan et punir les "cafards" comme les nomme le ministre de la défense.

Dès lors tout s'explique. Le massacre de Gaza est imputé au Hamas depuis la Maison Blanche et les agents d'influence de l'Etat hébreu répétaient hier en boucle qu'Israël a le droit pour lui, défendre ses frontières ! Contre des pierres ! C'est bien.

Charger à bloc la chaudière de la haine est sans conséquences, la sous-humanité concernée n'ayant ni les moyens, ni les soutiens extérieurs nécessaires à la confrontation, à l'exception de l'alliance chiite irano-libanaise que l'Administration Trump a l'intention de traiter à la coréenne ou de l'incinérer, voire plus si affinités. N'oublions pas que les Etats-Unis ont un affront à venger, celui de la prise d'otages de l'ambassade de Téhéran en 1979, qui ne sera lavé que par l'éradication de la clique islamique de Qom ; et avec des conseillers de la trempe d'un Bolton à la Maison Blanche, il y a des chances qu'on s'y essaie !

Les pays arabes font l'un après l'autre leur deuil de l'interminable question palestinienne qui ne figurera bientôt plus à leur agenda ; à commencer par l'Arabie séoudite dont le prince héritier a marqué son irritation l'an dernier devant les revendications impossibles de l'Autorité palestinienne. Tous les régimes sunnites sont hypnotisés par la menace iranienne réelle ou ressentie, sauf le Qatar et le sultanat d'Oman qui s'en accommoderont, et considèrent avec intérêt la puissance militaire de Tsahal qu'ils n'arrivent pas à égaler. Ceci devrait "libérer" les Palestiniens de la tutelle encombrante de l'impotente Ligue arabe, et favoriser la recherche de nouveaux sponsors. Les réactions internationales aux événements de la journée du 14 mai marquent les points d'ancrage possibles : la Turquie et l'Afrique du Sud sont en pointe et l'Asie lointaine commence à s'émouvoir. Quand des Chinois continentaux qui ne se connaissent pas me disent que la Terre irait mieux sans Israël, sachant comment sont formées les opinions politiques en République populaire de Chine, je me dis que Pékin commence à bouger. D'autres pays demandent des enquêtes ou convoquent l'ambassadeur israélien ; tous sont écœurés, parce qu'en occident, on ne tire pas sur les boucliers humains ! S'y résoudre à tous bons motifs est entrer en barbarie.

Liberman le barbare, clone de Poutine
Les Israéliens dans leur ensemble ne méritent pas la dialectique binaire et l'exposition dangereuse dans laquelle les maintient Benjamin Netanyahou et ses ultras, mais c'est le jeu démocratique qui a porté le Likoud en tête et donc le peuple. Il y a quelque part une responsabilité collective de la nation juive à la situation de fait, une occupation qui désormais en vaut une autre dont on n'ose parler. La justification originelle de l'Etat hébreu commence à s'estomper, beaucoup dans les chancelleries ont compris qu'autant de place on leur laisserait, autant ils en prendraient davantage. C'est le logiciel soviétique, ce qui est à moi est à moi ! Ce qui est à toi, on en parle ! Eretz Israël redevient fascinant pour les partis nationalistes et sectaires après la période de mésentente cordiale qui succéda aux Accords d'Oslo. S'il advenait que le renfort américain mollisse ou s'épuise, c'est la promesse d'une apocalypse à terme, le désespoir palestinien est trop fort pour que perdure l'apartheid.

Comment se réglera le défi démographique qui s'annonce au Proche-Orient ? Pendant que les Juifs se pavanent, les Arabes baisent. On a peur d'imaginer une solution finale à la Liberman !

lundi 14 mai 2018

La diagonale atomique de Donald Trump

Le retrait américain de l'accord nucléaire iranien convoque un peu plus de sérieux que n'en montrent les chaînes françaises d'information. C'est une affaire très grave, non parce qu'elle remonte à bloc la pendule des tensions au Moyen-Orient mais aussi parce qu'elle brise le consensus atlantique autour duquel tourne la planète quoiqu'on en dise. La guerre prévisible que mènera Israël d'ordre et pour compte Trump contre l'Iran, se fera sans participation européenne pour une raison très simple, l'Europe aura d'ici là disparu des écrans stratégiques, la France seule ne pouvant peser, la preuve en est faite par l'inanité des postures de séduction retenues par Emmanuel Macron. La Grande Bretagne est littéralement avalée par un Brexit de plus en plus douteux ; l'Allemagne se révèle être le nain diplomatique affairé aux affaires et c'est tout ; les autres pays suivant à leur rythme et souvent pas du tout.

C'est un article assez complet d'Emile Simpson, publié deux heures avant l'annonce du retrait dans Foreign Policy, qui cadre le mieux le problème : il s'intitule The Predictable Disaster of Trump’s Lonely Iran Strategy et vous pouvez le lire en cliquant sur ce titre. On le complètera utilement du "rapport d'étape" donné par Robert Malley au site Orient XXI et titré : Face à Trump, l’Europe peut encore sauver l’accord sur le nucléaire iranien... et éviter un embrasement régional. Malley fut négociateur à l'accord pour Obama.

courtoisie Gage Skidmore

L'exterritorialité des rétorsions promises par Trump affectera directement nos entreprises européennes - ce sont celles qui nous intéressent - mais aussi des entreprises russes ou chinoises qui commercent ou comptaient commercer avec les Etats-Unis comme avec l'Iran. Cette menace hégémonique est insupportable mais on ne voit pour l'instant que les prémices de négociations entre les deux rives de l'Atlantique alors que nous aurions pu attendre un "non" catégorique des principales démocraties occidentales. Donald Trump n'aime pas les négociateurs, il a viré Rex Tillerson pour ce motif. Il ne comprend que les contempteurs directs, les casques à pointe ! Justement Angela Merkel a dit son fait au mogul newyorkais mais il va falloir agir très concrètement pour peser.

Si on se recule au fond du chesterfield plein cuir de buffle, on voit que Trump délègue sa diplomatie active à des puissances locales qu'il manœuvre à sa guise par tous moyens et sans en calculer le prix. Il attaque la Chine par la Corée du Sud chargée de faire la paix avec le frère nordiste en banqueroute, et ça peut marcher s'il ne change pas d'idée pendant le mois qui reste à courir jusqu'au sommet de Singapour du 12 juin.
Au Moyen-Orient, il a mis ses billes en Israël, semble-t-il à l'incitation pressante de son gendre Kushner, le mari de sa fille Ivanka. Il va donner tous les moyens de se battre à Benjamin Netanyahou afin de casser le dispositif syrien organisé par les gardiens de la Révolution islamique et faire reculer le front chiite.
Les questions de face, d'honneur, de crédibilité intérieure pousseront l'Iran des mollahs à réagir et si le président Rohani a déclaré ne pas vouloir exagérer les tensions, n'oublions jamais que ce n'est pas lui qui commande les opérations militaires, ni la stratégie de la République islamique. La classe dirigeante constate déjà les dégâts de la libéralisation rampante dans les grandes villes iraniennes qui minent les positions sociales du clergé mais surtout celles des milices du régime qui représentent des millions de personnes. Une guerre permettrait de stopper cette dérive dangereuse à terme et assurerait pour longtemps les virements mensuels des soldes et salaires.

L'Iran et Israël sont sur des routes de collision depuis la présidence d'Ahmadinejad. Israël bénéficie pour le moment du soutien quasi-explicite des pays de la péninsule arabique (sauf le Qatar) que menacent les ayatollahs de Qom, ce qui peut inciter les faucons de Jérusalem à saisir l'occasion d'en finir avant que naisse une bombe atomique chiite. Mais la conflagration conventionnelle impliquera à coup sûr les Etats-Unis et tous ses moyens sur zone qui sont puissants. Comme Israël ne pourra jamais s'en sortir seul contre un pays qui sut résister à l'Irak de Saddam Hussein, il est à prévoir que les Marines devront débarquer en phase II sur la rive nord du Golfe persique, mais probablement seuls cette fois ! Nul ne prédit l'issue de cette hypothèse coup de poing qui ne pourra que s'éterniser.

S'il est impossible que les Etats-Unis soient battus, la conflagration ameutera des puissances locales qui verront l'opportunité de régler de vieux comptes, je pense à la Turquie sur sa frontière sud et à la Russie sur le Caucase. La plus sûre des conséquences sera la disparition de l'Europe occidentale du théâtre d'opérations et des enceintes diplomatiques, sauf la France, piégée par un traité militaire d'assistance automatique avec les Emirats arabes unis qui se déclenchera s'ils sont attaqués par l'Iran.

courtoisie Brendan Smialowski


L'Alliance atlantique ne résistera pas à ce vacarme qui dévoilera la même fracture qu'en 2003 lors de la guerre de Junior en Irak. Les pays majeurs de l'OTAN à l'exception du Royaume-Uni, avaient refusé de monter dans le bandwagon des faucons mouillés en route vers Bagdad. L'OTAN jusqu'ici n'avait de justification que par la terreur qu'elle inspirait à nos adversaires, terreur dénoncée par les idiots utiles, agents d'influence du Kremlin, qui n'ont jamais compris comment fonctionne ce deterrent. Le démantèlement de l'OTAN fera croître d'autant les "appétits de justice" du pouvoir russe qui vit encore dans l'humiliation de l'ère Eltsine et veut reconquérir ses marches. Les pays européens du glacis oriental auront du souci à se faire, autant peut-être que la Tchécoslovaquie en 1938. Trump voit-il vraiment ce à quoi le mène sa brutalité ? Je ne le pense pas.

Quant à nous, la tentation sera grande de se rapprocher plus tard de la Russie, signalant par là notre immaturité depuis la guerre civile européenne de 1939-1945 qui nous a jeté dans les bras d'un "protecteur". Avant de "collaborer" avec les empires centraux revenus (Russie et Turquie), organisons nos coopérations, déployons nos capacités de puissance, pensons d'abord à nous muscler. Ensuite, quand seront partis les administrateurs russes issus du KGB, sera venu le temps de coopérer avec des gens qui partageront plus de valeurs avec nous que n'en partage la démocrature russe d'aujourd'hui. Bonne chance à Alexeï Navalny demain au tribunal.


Terminons sur cette chimère de défense européenne dont on va parler en boucle dans un mois quand les entreprises européennes seront attaquées par l'administration Trump. On ne peut pas faire quelque chose de dissuasif et cohérent en Europe sans la Grande Bretagne, la France et l'Allemagne. La première est déjà en dehors de l'épure, il faut donc sortir de l'épure constitutionnelle continentale. La troisième traîne les pieds, mais la fermeture programmée du parapluie atomique américain va peut-être faire bouger les lignes dans l'opinion allemande, car tout se décide là ! Autour de ces trois puissances, on a besoin du Danemark et de la Norvège pour les détroits baltes, des Pays-Bas pour la Mer du nord et de l'Italie pour la Méditerranée. Si les autres veulent venir, pourquoi pas, mais aux conditions des précités. Le risque est néanmoins grand qu'on se perde dans une usine à gaz à vingt-huit comme aiment les monter les fédéralistes et les fonctionnaires de Bruxelles en peine de grandeur.

Demain mardi se réunissent à Bruxelles quatre pays impliqués dans l'accord nucléaire iranien : l'Allemagne, la France, l'Iran et le Royaume-Uni.

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