mercredi 3 janvier 2018

Note de lecture (Poutine)


J'ai reçu avec plaisir pour Noël les "Conversations avec Poutine" d'Oliver Stone que je ne connais finalement que par sa guerre du Vietnam, terminée avec les honneurs militaires - il était volontaire en plus - le sachant également borderline sur certains sujets et soutien indéfectible du sénateur Bernie Sanders dans la course à l'investiture démocrate contre Trump. Ce ne pouvait être que passionnant et roboratif (400 pages). Et bien non !

Oliver Stone est le critique le plus féroce des administrations américaines successives, relançant de lui-même la "dénonciation" de certaines allégations plus ou moins établies, ce qui pousse son interlocuteur à parfois le réfréner dans sa furie pour ne pas créer l'incident diplomatique. J'ai aussi découvert un penchant du réalisateur de Platoon pour la plus mielleuse flagornerie à l'endroit du nouveau Csar, qui frémit d'aise sous le tonnerre d'applaudissements.

Mais que dit Poutine au fond, puisque c'est l'intérêt affiché du livre (et celui du documentaire associé) ? Que pense-t-il du monde, de la Russie et des autres empires avec lesquels il chevauche le tigre ?

Dès le début du livre et jusqu'à la dernière page, Vladimir Poutine enclenche l'orgue de barbarie russe, les cartes en ayant été perforées il y a bien longtemps, à tel point que si le lecteur est au fait des actualités géopolitiques, simplement par le canal des médiats mainstream, donc sans aucune recherche académique ou spécialisation, il n'apprend rien ou presque de ces conversations. J'ai fait l'effort assez pénible d'aller au bout de la purge. Mais bien sûr pour qui ne connaît pas le logiciel dialectique de Poutine, ce livre reste utile parce qu'il est complet, explique bien son obsession centrale, à savoir la défense de ceux que nous, Français, appellerions les pieds-noirs russes, dispersés autour de la Fédération de Russie et que l'effondrement de l'URSS a laissés à découvert. Il laisse deviner aussi par moment certaines inquiétudes derrière la posture du hiérarque impassible, notamment vis à vis de l'empire chinois revenu à l'extrême-orient et qui est l'ami obligé. Il se trompe lourdement sur le fonctionnement de l'OTAN, croupion des Etats-Unis, mais peut-être à dessein, l'assertion répétitive faisant partie du manuel.

Une critique professionnelle de l'ouvrage exigerait de citer quelques exemples de ce que j'avance, mais j'ai préféré rechercher des critiques sur Internet qui recoupent ma lecture du livre plutôt que de mettre en avant la petite bête dans des assertions traduites trois fois : une fois oralement, la prise de son du russe à l'américain, puis la révision en anglais littéraire; puis la traduction de l'anglais en français (avec pas mal de cuirs). Finalement c'est l'article de Daniel Vernet dans Slate critiquant le documentaire qui est le plus proche de mon ressenti et qui fournit la photo en tête de ce billet : La parole n'est qu'au Kremlin.

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Vladimir Poutine dans Royal-Artillerie :

- Une politique caucasienne (2008)
- Refaire l'empire et le csar (2011)
- Le Csar au pied petit (2012)
- Vladimir Force B (2014)
- Le Génie des alpages hors le Fmurr (2014)
- Hollande, un pont trop loin (2015)
- La diagonale du fou (2016)
- Le pacte atlantique de Varsovie (2016)


2 commentaires:

  1. Ne jamais perdre de vue que le PIB de la Russie est inférieur à celui de l'Espagne et que ses dépenses militaires sont à peu prés celles de la France, ça relativise beaucoup de choses!

    Pour ceux qui veulent voir (ou revoir) les entretiens entre Stone et Poutine:

    https://rutube.ru/video/fa2c54495589ba5ab40bf54c78b27ee1/

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    Réponses
    1. On pense irrésistiblement à la fable de La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf.
      Dans son article, Vernet signale que le fils d'Oliver Stone bosse chez Russian Today. Le défi russe est de passer d'une économie africaine d'extraction à une économie industrielle de transformation. Mais c'était déjà le souci de Yeltsine !

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