lundi 1 mai 2017

Où le roi montre sa pertinence


Aurions-nous garé à part le domaine régalien - sécurité & diplomatie - que nous n'appréhenderions pas autant les résultats du second tour de l'élection présidentielle. Le régime est à bout, restreignant le choix des électeurs entre sa démolition et sa dévolution. Le souverainisme anachronique étroit du camp dit-national attelé à un programme économique bolivarien le dispute au fédéralisme savamment construit du yuppie ubérisé, champion de la gérontocratie régnante mais plus intelligent qu'elle. L'exercice concret du pouvoir exécutif, contraint par la conversation institutionnelle obligatoire d'une république parlementaire, mettrait certes trois fois plus d'eau dans la jarre que de vin en volume, et sans doute les candidats comptent-ils sur ce frein-moteur pour passer entre les gouttes des pluies acides des cent premiers jours ! Mais quand même !

Une monarchie protégeant l'essentiel de l'Etat sous l'autorité naturelle d'un roi en son conseil pourrait laisser la société démocratique s'ébattre dans la querelle idéologique sans graves répercussions sur nos fondamentaux géopolitiques et civilisationnels. Sortir de l'arène la police nationale, la gendarmerie, les trois armées, les services secrets, le quai d'Orsay, les cours de justice et conseils supérieurs, libérerait l'esprit de l'électeur qui saurait alors que son choix ne risque pas de tout détruire. Resterait dans le champ du débat primordial de nombreuses fonctions étatiques et territoriales comme la santé, l'instruction, la douane, les impôts, l'économie, l'écologie et l'aménagement du territoire, l'industrie, l'agriculture et la pêche, les justices basses et consulaires et d'autres secteurs secondaires que le pays souhaiterait maintenir dans le giron public, comme la culture, le travail, la vieillesse, la francophonie, le logement, la famille, les colonies et les anciens combattants.

Ainsi en pleine campagne électorale, le roi, arbitre des différends, et le chef de cabinet du ministre des outremers auraient eu tout loisir de résider dix jours à Cayenne pour entendre les revendications locales, les peser, ouvrir un dialogue d'inventaire et de développement du territoire, trouver ensemble voies et moyens de hisser la Guyane à terme au premier rang des nations atlantiques et passer l'accord du dernier jour sous les acclamations. Les Guyanais auraient parlé au pouvoir permanent et pas à trois miquets en soins palliatifs qui ont d'abord tout refusé pour tout lâcher à la fin, à charge de leurs successeurs.

La police ferait respecter les lois sans obéir aux consignes du parti aux affaires, les antifas, le black block seraient matés, la gendarmerie retrouverait sa fonction de pacification et sûreté intérieure du territoire, le parquet, coupé de Matignon, poursuivrait en toute indépendance dans le strict respect des textes, les états-majors feraient la guerre sans interférences subalternes et dans le cadre de lois-programmes d'équipement pérennisant la qualité des moyens, le Conseil d'Etat ne serait pas sonné comme un valet au milieu de la nuit pour interdire le spectacle d'un gros bouffon noir au Zénith de Nantes. L'Etat retrouverait sa dignité perdue.

Dans le domaine public, les choix économiques et leur traduction budgétaire ne seraient encadrés que par les lois de saine gestion qui existent déjà et l'interdiction des déficits publics dans le fonctionnement de la nation. Le curseur du libéralisme, le niveau de dévolution des souverainetés, les investissements lourds, les coopérations étrangères seraient ajustés à chacune des élections législatives et le gouvernement issu de majorités unicolores ou coalisées mettrait en musique la partition écrite pour la législature. Demeurerait quoiqu'il arrive la garantie des pouvoirs régaliens permanents arrachés au désordre, qui permettrait de maintenir l'essentiel au niveau requis par le pays, son histoire et son rang.


C'est sur cet axe de communication que Royal-Artillerie promeut la monarchie de ce temps : le domaine régalien, strictement régalien et rien d'autre. Le mouvement monarchiste raisonné devrait se recentrer sur une épure politique possible et simple à comprendre en proposant de faire vivre côte à côte un Etat essentiel permanent et une démocratie vivante dans tout le domaine public, depuis les conseils municipaux jusqu'au parlement de Paris. Tant que l'offre politique royaliste ne sera pas audible et compréhensible par tout un chacun, agitation et propagande tourneront dans le microcosme sans effets induits autour de lui. Les démarches courageuses d'aujourd'hui sont stériles, il faudrait en prendre acte et revoir le produit et sa commercialisation. Le marketing de la monarchie ne peut choquer que ceux qui la repousse au fin fond des rêves impossibles, si délicieusement impossibles qu'on les habille de n'importe quoi, quand on ne les utilise pas pour nourrir ses propres frustrations. Les étendards du roi n'avanceront pas en chantant le vexilla regis mais par la raison pure. Le roi se démontre.




jeudi 27 avril 2017

Entre neuf et recyclé faut choisir !

Vu des Etats-Unis, le phénomène Macron est une leçon française donnée aux démocrates américains qui ont lancé sur le marché une bouée politique déjà crevée, Hillary Clinton, porteuse d'un programme malgré tout approuvé par une majorité de la population. Il est intéressant de suivre cette analyse proposée par Christopher Glazek dans un article donné à Foreign Policy le 25 avril 2017. Le lien vers l'original est entre [crochets]. Voici la traduction française de la section qui analyse le phénomène, sous la règle habituelle ici de belle infidèle, le reste ne concerne que la politique intérieure américaine et n'est pas traduit :

Chris Glazek par Gordon Welters


« Quoique l'on pense de l'establishment centriste français, on doit leur reconnaître une chose : ils ont pris la menace populiste sérieusement ! Si sérieusement en fait qu'ils ont mis en décharge un président titulaire, créé un parti complètement fictif, et accroché leur étoile à un inconnu de 39 ans, télégénique, dont la caractéristique première est d'avoir épousé son professeur au collège ! L'idée fut de redonner un peu de lustre révolutionnaire à une plateforme centriste et, sauf catastrophe au second tour, il semble que ça ait marché ! Emmanuel Macron, mondialiste inconnu, est bien placé pour devenir le prochain président français, et peut-être même le prochain leader du monde libre par intérim, en attendant qu'un nouveau président américain soit intronisé.

Le succès de Macron soulève la question de savoir si les régimes de centre-gauche s'effondrent sous le poids de programmes impopulaires ou simplement sous celui de leaders impopulaires. Bien qu'il soit crucial dans beaucoup de pays que des blocs importants d'électeurs soient résolument en faveur du retrait de certaines institutions communes comme l'OTAN ou l'Union européenne, il n'est pas clair que ces idées forment une majorité dans aucun pays, peut-être même pas au Royaume-Uni où de multiples études montrent que la plupart des votants, confrontés à l'affaissement de la livre sterling, souhaite que le Brexit ait échoué.

En France, la machine socialiste condamnée du président François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls a permis d'envisager que le fascisme puisse être stoppé sur ses rails par des mesures drastiques, au lieu de se cramponner aux vanités et d'encaisser la défaite entre les mains des chemises brunes du Front national de Marine Le Pen : démanteler le parti, suicider la classe dirigeante et appuyer un porte-parole plus jeune avec tous ses cheveux sur la tête.

Récemment le New York Times a brossé de Macron un profil d'initié (insider) portant une politique d'outsider. La vérité est plus proche de l'inverse. Macron s'est marqué lui-même avec succès comme un outsider en même temps qu'il poussait un agenda peu différent de son prédécesseur. Plus impressionnant, il s'est débrouillé pour reprendre la rhétorique millénaire et apocalyptique de ses opposants d'extrême droite et gauche. Dans son discours de victoire après le premier tour, il a parlé de changer le visage de la France et de briser le système qui fut incapable de traiter les problèmes du pays depuis plus de trente ans. Il a dit à ses supporters qu'ils étaient l'image du renouveau et il a identifié le défi principal pour la France, celui de tourner la page de sa vie politique. Tandis qu'il promeut un programme progressiste - libérer le marché du travail, accroître la dépense publique, renforcer l'UE - il adopte un registre carrément révolutionnaire.

[...] Il est difficile de ne pas faire une comparaison défavorable entre les stratégies de centre-gauche américaine et française. Aux Etats-Unis les dirigeants du parti démocrate s'entêtent, refusant apparemment de considérer une réinitialisation drastique des personnels. Les cadres du parti démocrate sont virés, mais les dirigeants du parti qui demeurent impopulaires, semblent avoir des difficultés à capitaliser sur cet enthousiasme. [...] Le succès de Macron suggère une démarche évidente : Quand vos dirigeants sont impopulaires, prenez-en de nouveaux !»
[...]

Christopher Glazek est un écrivain et un essayiste indépendant de New York. Il a aussi fondé le projet SIDA Memorial de la Yale University (YAMP). Il a collaboré au New Yorker et publie régulièrement.

Commentaire obligé du Piéton du roi

Comme nous le subodorions dans un billet donné au Lien légitimiste en février dernier (clic), la transmutation du plomb socialiste en un plaqué or de meilleur aloi semble avoir été décidée dans le cénacle réformiste socialiste. A la bourgeoisie d'Etat, appelée affectueusement la gauche caviar, fut confié le soin de monter la rampe de lancement et de charger à poudre le premier étage de la fusée Macron. L'entregent du candidat fit le reste, qui a bien compris que l'élection présidentielle était la rencontre d'un peuple et d'un homme, le programme étant secondaire et subordonné aux attentes des éditocrates payés au mois de moins en moins écoutés. Tout le reste était écrit d'avance dans le contrat d'obsèques du parti socialiste, les caciques jouant leur rôle sans broncher. Que les participants à la primaire de la Belle Alliance populaire n'aient pas compris qu'ils faisaient un concours de morts-vivants ne laisse de m'étonner. Je ne pense pas que François Hollande, aussi florentin qu'il aimerait être à l'image de son modèle Mitterrand, ait déclenché l'affaire même s'il a pu en approuver l'idée déjà émise. L'histoire et la vanité humaine nous révéleront qui fut à l'initiative du projet, puis à la manœuvre de mise en orbite. Nul doute que ce cours de coup fera date dans les écoles de sciences politiques. Si tout cela nous purgeait réellement de notre classe politique usée jusqu'à la corde, nous pardonnerions beaucoup. En bourse, on parle de coup d'accordéon.


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